Recyclage éclectique

Désorde d'idées, de textes, d'impressions et d'opinions recyclés dans un but écologique.

18 août 2007

amour terrestre

Le ciel laisse couler des filaments de nuages jusque dans eux. Ils piétinent le sol lourdement.

Et si vous êtes dans une pièce sombre, enfermé, imaginez-les courant vers la ligne de chanvre de l'horizon du Tchad.

Dans l'islam, on parle des racines du Ciel. Et je confonds de manière trouble la misanthropie, les éléphants, Inch'Allah et toute la tendresse dont il ne peut se départir.

Les racines du ciel de Romain Gary.

C'est dans le sourire fixe, spontané et intemporel de Habib, et son cigare mâchouillé, au bord des lèvres que je ressens tout l'amour des humains que Gary porte. Jusque dans la colonisation de l'Afrique.

Premier roman écologique. Dur de concilier l'amour de la nature et la littérature. Il paraît qu'ils ne font pas bon ménage. Mais dans ce couple si dur à lier, il y a une gerbe d'étincelle que Romain Gary craque et insuffle. Il arrive à les dessiner et à écrire ce paradoxe de l'amour de la nature versus la priorité des humains.

Et si l'écologie est une forme de misanthropie. Le roman ne traite pas tant de la nature, mais de toute la difficulté d'aimer la nature et les humains.

Il n'y a que Morel qui arrive aux deux. Dans ces mots silencieux et sa tête sûre et folle, complètement folle des éléphants, mais sans nier les hommes, il y une assurance et un savoir secret qui transpire l'espoir malgré la zoologie de l'Afrique.

On parle de l'indépendance de l'Afrique, d'un cri qui explose la magie des traditions et l'envie d'industrie de ces terres chaudes, sèches et poussiéreuses.

Il exprime l'actualité de l'environnement ainsi que l'ancienneté du continent.

Il parle de tout, dans des mots clairs et forts. Tellement fort. Ce n'est jamais qu'une histoire.

J'arrive à voir toute la liberté du ciel dans les pieds des éléphants.

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31 mai 2007

Quand je serai grand; je t'épouserai

Quand je vais être grand, moi, moi, je vais être une professeure; moi, un policier; moi, une princesse; moi, un dinosaure...

On en parle beaucoup à nos âges, parce qu'on est dans une étape importante: tergiversation.

Il faut pas que je m'avance trop, et pas que je généralise à outrance, aussi. Tant que je ne verse pas dans l'outrecuidance des termes tout est sous contrôle et je ne me sens pas comme un banana split qui veut se faire passer pour un dessert de grand restaurant.

Bref.

Il y a de ces discours qui me font sursauter. Comme un ressort qui crève le divan et qu'on a avait pas du tout senti venir. Et ça c'est peut être quand on est trop naîf; c'est bien connu, les gens avisés, blasés, qui savent tout et qui sentent tout, ils ont les deux yeux collés sur le divan, et à côté pour ne pas le manger en pleine face, et ils passent leur temps à les prévoir les maudits ressorts. Ils savent la seconde où votre derrière va le recevoir.

Moi, j'avais oublié. Je le savais. C'était comme juste un peu à côté de ma mémoire, le spot light était ailleurs. J'avais une grande lumière blanche sur la passion et l'avenir, sans restrictions avec un peu, beaucoup, énormément de plaisirs, et très peu d'attente, avec beaucoup d'envies et très peu de règles. J'avais sur une grand scène déployée pour moi, une diva d'inconnu. Inconnu en présentation et surtout Créativité qui rougit là sur le «stage».

Mais je me fais dire comme ça, sans prévenir: «je cherche un emploi qui me fasse gagner beaucoup d'argent. Et je vais sûrement rencontrer quelqu'un qui va faire à peu près le même salaire».

Et quoi...un peu plus et la suite c'était, «et voilà, comme ça, on sera heureux». Heureux de quoi. D'une grosse maison. De deux autos. De participer encore et toujours plus à l'autodestruction humaine internationale. (ce n'était pas du tout censé être un billet écologique, pardon aux oreilles sensibles.)

Mais qu'est ce qu'il y a de chouette à penser à son avenir, à son emploi, comme à un magot. Et voilà, je ferai de l'argent. Mais on est pas dans un film.

Peu importe, la maison à laval ou le gros garage, ça c'est une autre histoire qui mériterait un tome, vraiment, mais si le travail qu'on va se taper toute notre vie, on ne le choisit pas par plaisir, envie, motivation, délectation, hâte, curiosité, intensité...ça vaut pas la peine. Et ta vie tu peux te la garder, et te la détricoter au complet.

Je veux échapper une maille, ici, comme ça, me tromper dans le motif, ne pas connaître la prochaine couleur. Je me fiche des trous que j'ai fait, et ce sera bizarre et étonnant, mais ce serait suicidaire que de ne pas choisir ses passions à vie.

Aller; je vais l'écrire sur un mur avec mon sang, je vais cracher dans ma main et serrer la tienne, je vais le prommettre sur une tête bien importante. Je ne veux jamais choisir pour l'argent. Je marierai impulsion, travail et créativité, -ce sera un long trip à quatre- et tant pis...

hundertwasser

pour ceux qui n'auront pas choisi ce qu'ils aiment.

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28 mai 2007

pierre sexy pierre

«On t'aime»....

-Bin merci. D'habitude, je réponds: je sais, mais ce soir je vais dire merci.» C'est sa fête en plus.

Debout entre 3 excellents musiciens et un enchevêtrement d'arbres de draps blancs...(ce ne sont pas des vrais...«c'est comme une évocation d'arbre. vous aviez compris, hein?) Pierre Lapointe; suffisamment drôle.

Et la forêt des mal aimés. On enclenche avec l'air de la première chanson du disque éponyme. Il se tient debout, un peu cadré, un peu trop branche, mais avec des ses hanches...... Et il chante les textes, ils jouent les notes, superbement accompagné, qu'on aime. QUe la salle applaudit. Ses paroles douces et vraies et des notes claires et hautes jouissaient.

Pause; présentation des musiciens

«Je me suis dit pourquoi tu ne présenterais pas les autres. Et là, encore;

pourquoi tu les présenterais?....»

Le seul «hic», c'est la salle andré mathieu, un peu trop stoïque à notre goût.

«On avait un peu peur en arrivant ici, en région. Est ce qu'ils ont l'eau courante, internet, l'électricité?....Ben oui. Pis en plus ils ont une soucoupe volante.»

-«y a le stade à montréal»..

«AH, ben oui. Faque on a une plus grosse soucoupe que vous...» Et il rit parce que sa blague est tellement mauvaise. Mais les spectateurs rient beaucoup plus; lui, accoté contre le piano, nous, on rit, et Qu'il est sexy...

Un mélange savamment monté des chansons des deux disques de monsieur. Et il aurait fallu enregistrer le ton de sa voix hautainement sexy, et ses réparties de «je suis beau-je suis hot-je suis fin...bin oui je le sais, arrêtez» de toute la soirée, entrecoupant les chansons. Parce que c'était le mélange qui donnait le spectacle...

«Je sais que la fin c'est dur, parce que vous savez que vous me verrez pu. Mais dites vous qu'un jour, peut être que vous allez réussir à me toucher»

«Juste avec le doigt: comme ça. Pas comme mmmmçaaaaaaaa.»

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27 mai 2007

Colombarium

Trop gay?...Dans la Presse du samedi, il y avait une enquête sur le fait que les homosexuels sont sur-représentés dans le milieu du théâtre, parce que beaucoup (trop..?) de metteurs en scène sont gays.

Vous ne trouvez pas que la société a une trop forte représentation hétérosexuelle? Non? Moi non plus. Et au théâtre, s'il y a plus d'histoires imaginées, montées et décorées par des gays, il est où le problème? Peur que les pièces soient toutes vraiment pleine de scènes d'amour, ou pire, oh! de sexe entre homosexuels? Ce n'est pas parce qu'on est aux filles ou aux gars, que l'imagination se borne à composer des histoires comme les nôtres. On ne parle pas toujours de ce qui nous arrive.

Et puis, en même temps, c'est comme n'importe quoi. Qu'une histoire parle d'homosexualité, de guerre, de fleurs ou de mondialisation, si la pièce est réussie, on s'en fout du reste. «Le taux de gay théâtral». N'importe quoi.

Le sujet est très tabou. Mais je ne vois pas en quoi il est si intéressant. Si le théâtre prend un mauvais tournant, si les pièces deviennent emmerdantes, si aller voir des acteurs semble ennuyant, alors il faudra se questionner. Mais surtout pas sur l'orientation sexuelle de ceux qui font les pièces. Ça n'a pas vraiment de lien.

Parlant théâtre

Une de mes amies (merci!) m'a donné la chance d'aller voir la dernière pièce présentée au quatre sous: Chasseurs.

Dans de la terre, surmontée, dans le fond, d'une bordure de gazon vert, assagi d'un fauteuil deux places à gauche, une histoire de famille, de drogue, de sexe, de puissance prenait place. Une mère, trop jeune, sans espoirs, dont l'histoire d'amour n'a pas eu lieu, et qui n'a pas de père à offrir à son fils. Elle vit seule dans un appartement, et ne parle à personne, ne sort pas. Elle voit le couple d'à côté: deux Mexicains. Elle, elle a la peau lisse et bronzée, de grosse fesses, et lui, il est séduisant et gentil. Ils la prennent doucement dans leurs mains, lui offrent un travail. Alors, enfile un perruque des talons, et montre ton cul, comme la mexicaine. Et il y a cette grande diva; travesti. Long corps mince effilé, musclé comme un homme, mais posté sur des talons aiguilles.

Et il souffle poudreuse sur leur mignon petit nez, les mexicains, la mère, le travesti et une chanteuse de la place. Ils tombent, ils roulent; vraiment de la scène, ils se jettent en bas, stone, et en redemandent.

L'esthétisme est dans la sexualité qui n'a pas d'orientation, qui est un peu timbrée. La mère qui est conne, et étourdie d'avoir autant de plaisir après autant de temps seule. Elle abandonnera son fils. Qui lui, est gay. Qui lui rencontrera la diva, le travesti et ils s'aimeront pour de vrai.

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13 mai 2007

J'avance dans l'hiver à force de printemps

J'ai le printemps dans la gorge et l'hiver, de force, dans le ventre. C'est encore sa manière d'écrire. Il m'a eue.(Ducharme) -----C'est un ami qui m'a tenté; merci Kelso------Et en le fermant, j'avais peur de perdre cette force dans les émotions, dans les marches dans les Beatles. Ce flirt littéraire avec la vie; la réalité. La juxtaposition de deux personnes dans rien: qui devient tout.

Il y a deux personnages: André et Nicole. On pourrait les taxer de sophistes, comme ça en le lisant tout haut; frôlant la diagonale, mais en s'attardant, ils découlent d'une critique profonde de ce que la télévision nous livre. Et que la société avale à grande lampée. Comme du lait. Ça coule. Un liquide blanc, qui par nos deux héros, est disséqué et engloutit. Ils débattent dans un anglicisme parfait. Ils tuent les trops, les pas assez, ils zigouillent ce qui les écoeurent et l'Art, si trop connu, si pavané, si louangé par l'argent, est discrédité, avec sublime. Exquis.

Et les deux moulés l'un dans l'autre. Ils ne font rien et résistent à tout, mais s'isolent dans les émissions, les films. Ils s'exhalent devant des insignifiances de personnes et s'épuisent à suivre des impulsions. À s'exclure. Parce qu'ils ne suivent personne, et rien, sinon, une idée folle et grotesque, ou démente et extraordinaire, de ne pas faire ce qu'il faut, de satisfaire des moments, des goûts qui ne puent aucune logique, qui ne dégagent rien de rangé. Aucune induction; rien n'est déduit non plus, tout est créé. De nulle part. Il n'y a pas de raison.

Ça les dégoûte: ces oiseaux de bourgeons de nouvelle saison, Les crétins partout, leur crétine d'amie amoureuse d'un taré. Une autre fille qui est là, pétasse, une pute, une vraie, non, pas comme vous l'entendez. Comme le mot résonne: pute. Une salope, elle veut être high. Elle est tellement low. C'est un énorme down. Elle, qui veut tout et rien, qui change d'idées selon le vol tracé de l'humidité de l'air et devant qui, Nicole et André bavent de plaisir, de la voir et de l'écouter s'épancher de toute cette pétassitude.

L'agitation tonitruante du monde entier entre en pleine collision avec ce vol presque en suspension, cet arrêt sur image de deux vies. Ou presque d'une seule.

C'est opposer et faire jouir ce contraste atroce entre notre silence, celui de nos vies, et la pluie bruyante, et bavarde des mass-médias.

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06 mai 2007

Posologie

Sédentaire. Ça vient de la maison; qui vient d'un besoin de sécurité incurable: humain, animal.

Les noms de rue s'allument à chaque minute. Leurs lettres décollent mon attention de mes souvenirs. Et l'aperçu des passants dilluent mon nombril. Leurs joues rosies, leurs pas tapochent les rues, et moi je lisse l'asphalste printanière de roues. Le soleil s'estompe et le bleu turquoise du ciel luit, givré par la musique du soir. Les roues avancent. Et toujours plus loin. Tout montréal y passerait. Et le mexique est tentant. Mais je reviens à cause de la maison. Sauf que le vélo tire vers l'avant. Mes jambes pédalent à contre coeur en sens inverse.

    «J'habite ou je vis dans une maison.»
-Je ne vis pas dans une maison.
-Je vis où? Non, non, j'habite.
-Je vis à plein d'endroits. Mais mon toit n'est que tremplin.

Ma demeure, c'est du lithium et je suis le bipolaire. Et je pars, je palpe la maladie, je sens le non-retour, le désir inexorable de continuer dans le sens décrit. De prendre mes roues à mon cou et de toujours suivre une ligne droite sans jamais ressentir deux fois les mêmes courbes, sans jamais relire les mêmes noms de rues. Décoller : tâter les nuages; être high, tellement haut dans le blanc suave des nuages du ciel et puis sans savoir quand, pourquoi, tomber en plongeon, tête première dans un étourdissement nauséeux, ma tête et mes tripes lâchées du hublot. Il faut revenir, pour reprendre le cours de la médication. Suivre la prescription. Retourner à ce sentiment de sécurité pour ne pas vomir, ne pas me perdre complètement; à force de jongler avec la volupté indissible de partir, et la chute incroyable de mes repères dans le ciel bleu grafigné des ailes d'un oiseau d'acier.

Et c'est ma boule jaune qui me ramènera, qui me fera prendre mon lithium. On mérite tous un soleil qui sache nous ramener, quand on devient malade. Moi de ça, vous d'autre chose. Chacun sa névrose. Et si quelqu'un comprend la vôtre, ou même ne fait que la sentir, l'accepter, sans vouloir la tordre dans un moule, alors vous êtes chanceux. Et je suis chanceuse.

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18 avril 2007

Dans mon lit

Je me suis fait rabrouer. Le contexte étant un concert ou une jérémiade, sur la littérature. Moi qui ébauche, un croquis de détails, toujours aussi hétéroclite dans le choix des mots, d'auteurs qui viennent et qui passent dans mon lit. Mais surtout, ceux qui y reviennent, inlassablement. Je trace pour les besoins d'une conversation humaine une toile de ce que je pense. Mettre en phrases la littérature n'a rien d'aisé et je pourrais passer des mots et des piles de mots sans arrêter. C'est une entreprise vaine que je considérais ici, quoiqu'inutile comme tout le reste, pour créer un lien avec un autre. Face à face.

Mais voilà, alors que je fouette des fleurs sur des auteurs qui me poussent à un lyrisme qui frôle le rose, j'obients un «non». Le lien ne se brise pas pour autant. Mon vis à vis se trompe et j'ai peut être, enfin, moi aussi, tort. Mais nous contournons l'obstacle si évident de l'impossibilité infinie et inconditionnelle de connaître la vérité, celui qui a raison, et nous continuons dans cet élan. La tournure perd son romanesque quand il vient au cours d'une causerie, un débat. Virement politique. Mais la littérature et la politique ne s'entendront jamais selon moi.

COmme je le mentionnais, je fignolais un portrait grandiloquent de mes préférés. Mon interlocuteur m'arrête: les bons sentiments ne font pas de la bonne littérature.

Comment?

Alors le beau, le grand. Ce que l'humain a de bon, si petit soit cette part de lui-même, ne peut être écrite. Ce qu'il y a d'atroce. Tout ça, c'est du réel . Du grand. Nommez les, ceux qui planent, atteignant presque les mots. Parce que personne n'atteint jamais vraiment les mots. Dans tous les cas, jamais ils ne les surpasseront. Nous. On tente de se les approprier. Mais c'est impossible. Ils flottent. Ce sont des papillons. Et les grands de la littérature, eux, ont pu les toucher. Si délicatement et si patiemment, qu'ils en sont arrivés à les laisser se poser sur eux-mêmes. Je me sens bas. Loin. Le creux des océans n'est pas assez profond.

Ce que je veux, c'est que ce réalisme noir et juteux, cet égocentrisme épouvantable bien à Céline, ses phrases nauséeuses de Sartre, ces descriptions de Zola, ces concepts de Richler, et tous mélangés, je voudrais qu'on sache que St-Exupéry les valait, que Romain Gary les accote et que tous mes amants, de toutes ces nuits, ils sont comme le noir, extraordinaire dans leur lumière.

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17 avril 2007

Pour le meilleur et pour le pire

On commémore l'holocauste.

Seulement à Montréal, on trouve près de 7000 survivants à l'horreur.

Sur recommendation, et grâce à un prêt à court terme, j'ai lu Au nom de tous les miens. C'est de Martin Gray. C'est atroce. On le lit en éloignant du bout des doigts les mots et en voulant saiger nos yeux. On veut se tordre. Et ne plus lire. Mais comme on sait que c'est vrai. Qu'il y a des monstres de galaxie entre la fiction et l'histoire, on la suit. La goûte par moment. Je la détestais. Et je ne croyais plus. C'était un acte de réconciliation et de conflits inconditionnels avec l'humain. Avec le monde.

Le monde. Avec ce qu'il a de plus beau. Ce qu'il recèle de plus extraordinaire: un homme, comme l'auteur. Il veut vivre. Pas comme tout le monde. Il le sent. Il n'est plus lui. Il devient une mémoire, un sanctuaire, une rivière de larmes, une grotte de souffrance, un balafré de vie.

Il voulait qu'on sache. Alors il nous la détaille: sa mémoire.

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04 avril 2007

Intrinsèque

Elle appuya son pied contre le mur. Sa chaise la serrait; elle, entre son siège et les cloisons de la barraque. La pièce était vide, à l'exception de ces deux éléments. Si on ne compte pas les murs. Une pièce ne fait pas une pièce, sans mur.

Le monde n'est pas une grande pièce. Et encore moins une maison: l'association sonnerait tellement faux. Parce qu'une maison c'est atrocement sécurisant ou étouffant, alors que le monde est cruellement déstabilisant ou libérateur.

Elle sort ses mains des poches de son kangourou. Elle les frictionne. Sans convictions. Pour se réchauffer un peu. Elle tend la main et saisit un étui noir. L'enveloppe de vieux cuir noir traînait sous la chaise. Une fermeture Éclair dorée rayonnne sur le dessus. C'était son coffre à crayons en maternelle et en première année. Ensuite, il a changé de vocation. Elle l'ouvre: une cuillère, un sachet, une seringue, une chandelle, un briquet, un tube,  une toute petite lanière de cuir. Le cuir est un peu vieux. Il se défait sur les bords. Mais elle s'en fout. 

Elle fait grincer la pierre du briquet, une fois, deux fois. Son pouce saigne; elle était déjà un peu amochée. Finalement, la flamme se montre. Elle allume la chandelle. Elle défait la fermeture du sachet en disloquant nerveusement la simple ouverture ziploc. Elle tremble un peu. Elle inspire. Ça sent tellement mauvais. Elle ouvre la bouche, l'air vicié, cramé, qui fume une odeur de vomi et de pourriture lui salit la langue. Elle préfère oublier qu'elle respire. Elle se concentre. Dépose le contenu du sachet lentement dans la cuillère. Elle la tend au-dessus de la chandelle. Ses doigts nerveux, ont gardé leur mouvement énervé. Elle a les yeux qui s'enfonce dans le même trou. On l'entend qui disjoncte des phrases pour essayer de se tenir bien coite, bien calme.

Elle installe tube et seringue. Ça y est ça va mieux. Elle le sent ça approche. Tout ira bien. Elle noue le lacet autour de son bras droit, l'attache. Elle tient avec sa main droite une des partie du cordon, avec ses dents, l'autre. Elle tire. Ses veines gonflent. Elle se pique.

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31 mars 2007

Bulles de soleil

La lumière revient. Elle dévale le cadre des fenêtres le matin. Engloutit les lits, bordant de lumière, nos corps plein de sommeil. Vous avez vu le printemps?

Je vous avais glissé un mot sur le manque de lumière en hiver. Mais maintenant, on la goûte tellement plus que si elle n'était jamais partie. Putain qu'on s'est ennuyé.

Marcher, jambes nues, pour les premières fois, dans l'introduction d'une fin, dans le début d'une conclusion: on aborde le prologue, je le sens; c'est l'épitaphe de notre vie de secondaire. Tout le monde ne pense qu'à ça. Cinquante millions de gens imparfaits. Et moi, et moi, et moi. Que Dutronc raconte. Raconte toujours. Dis nous encore, d'autres chansons. Il nous reste encore quelques temps à voguer sur des chansons. Pour ne pas se noyer. Et je vois les tombes d'uniformes se former.

Paraîtrait que les changements climatiques et la pollution pourraient devenir l'ennemi commun aux 6 milliards d'humains. Donc, les unir. Vous connaissez la solidarité- gare à l'envahisseur-. C'est le printemps. Ça bourgeonne l'optimisme. Même environnemental. Ce n'est pas peu dire.

Comme le point-virgule; John Irvin, il les aime bien aussi. « ''Si on a pas l'habitude de lire des auteurs du 19e siècle, on croit que l,auteur a écrasé un moucheron au-dessus de sa virgule. Les points-virgules, de nos jours, ça ne fait que distraire l'attention.'' N'empêche, je crois que je veux l'épouser. » Un point-virgule bien placé ( je sais; j'en fout partout ), n'est ce pas réjouissant? Je veux dire. C'est comme placer une intonnation subtile, si subtile et douce, qu'on ne la sent presque pas. Au contraire du point d'exclamation, qui peut rendre les mots, ou pire les phrases, criardes et trop jaunes. Oui c'est ça, c'est une couleur. Entre une teinte, et un ton qu'on promulgue au texte.

Lire-ne pas sentir le temps coulé sur vos dos- seulement la lumière qui monte et descend dans le ciel, parce que mai approche et que juin est au bout.

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